Trois jours au Lac du Der

Communiqué  de la LPO de Champagne-Ardennes  
Comme chaque année en cette période, de très nombreuses  grues, oies cendrées et autres migrateurs font à nouveau étape pour quelques jours au Lac du Der. Mais on nous signale également le passage inattendu de drôles d'oiseaux dans la région.




D'après les observateurs, il s'agirait d'un couple de marmignots edithus-bernardus, d'une marmignote marie-clarus huppée, d'un courlis daniélus certenol, d'un couple de fourillots véloces, d'une aigrette durix de sinvalier et d'une catarinette enrouée. Tous apparemment de la classe des amuriens vinicoles, et non pas arénicoles comme certains ornithologues l'ont cru au départ.
 

Mardi 15 octobre

L'étrange escadron a trouvé refuge dans une maison à pans de bois à Droyes, Haute-Marne, aux alentours de midi. Après avoir pris possession de leurs nids respectifs et  cassé une petite graine,  on les a vu s'envoler, sous une pluie battante, vers l'office du tourisme du Lac du Der puis à l’écomusée du même nom. C’est du jardin potager qu’ils voient leur premier vol de grues cendrées rejoignant le lac pour le coucher.
 La nuit venue, on perd trace des étranges volatiles mais on suppose qu'ils ont trouvé une petite auberge  accueillante dans les environs avant de regagner Droyes.
 
Mercredi 16 octobre
Malgré un ciel gris menaçant, malgré les flaques d'eau et la boue des chemins, on retrouve notre petite troupe en bottes caoutchouc, sur le circuit des étangs d'Outines et d'Arrigny. Ils semblent en forme, sans doute ont-ils pris un petit déjeuner copieux et délicieux. On les voit parcourir les 8 km sans difficulté, d'autant plus que le soleil fait une timide percée. Ils prennent le temps de s'arrêter, d'observer à la jumelle une aigrette blanche, des canards colvert, un héron cendré, des grues au loin posées dans un pré ...
Ils consacrent l'après-midi à la visite des nombreuses églises à pans de bois des environs, jusqu'à la nuit tombée et le retour de la pluie.
 
Jeudi 17 octobre
Les grues se lèvent à l'aube, quittent le lac et vont passer la journée dans les champs pour se nourrir. Nos visiteurs, eux, prennent sans doute leur temps à la table du petit déjeuner puisqu'on ne les retrouve qu'à 9h30 au bord du Der où ils rencontrent Antoine, un guide ornithologique passionnant et passionné qui va leur ouvrir les yeux sur les oiseaux du lac et des étangs d'Outines et Arrigny. Rien ne vaut une lunette de spécialiste pour admirer les plumes vertes de la sarcelle  d'hiver, le bec effilé du courlis cendré, les oies cendrées, les cormorans noirs, les premiers cygnes de Bewick ou la silhouette majestueuse de l'aigrette blanche.
 Les huit amuriens vinicoles ont repris la route de la Bourgogne en milieu d'après-midi. On les aurait aperçus une dernière fois sur les remparts de Langres. Mais s'agissait-il bien de nos drôles d'oiseaux ?
Ils n'auront fait qu'un rapide passage en Champagne. Peut-on espérer les revoir au printemps ? Les ornithologues du coin se posent la question.
 
AMUR-INFOS

A huit heures, ce mardi 15 octobre, un double quatuor d’Amuriens met le cap sur la Champagne humide.
Nous arrivons en avance. Une visite express du village de Droyes, notre port d’attache, nous réserve une énigme. Quelle est cette statue découverte pendant la visite de l’église ?
 
 
 La statue mystérieuse représente Sainte Catherine d'Alexandrie avec ses attributs: la roue de son supplice, l'épée avec laquelle elle fut décapitée Quant à la tête couronnée à ses pieds, il s'agirait de l'empereur Maximin (ou Maxence) qui ne lui voulait pas que du bien.
  




La suite

 
                                                 
Le four à pain

Pique-nique à l'intérieur

A midi, notre hôtesse nous accueille dans une maison à pans de bois de 1843, maison d’hôtes de charme 4 épis avec deux chambres spacieuses : une suite pouvant accueillir cinq personnes  et qui possède un vaste salon idéal pour nous retrouver tous les huit et la chambre du Four à Pain, elle aussi très coquette pour loger trois autres membres du groupe.

L’après-midi est consacré à la visite de l’écomusée du Der, la Champagne humide justifiant son nom. Une église sauvée des eaux, une mairie-école, un pigeonnier et aussi des bâtiments à pans de bois, une forge, une étable sans oublier un potager, un jardin de curé, un jardin des insectes  et un jardin médicinal un peu décevants en ce mois d’octobre, un poulailler, des lavandières et des scieurs de long… et bien sûr, l’histoire du lac nous occupent un long moment.


Jardin de l'écomusée


 



Eglise de  Nuisement  sauvée des eaux




Trois villages fantômes dorment au fond du Lac du Der : Chantecoq, qui n’entendra plus chanter ni bêtes ni gens, Nuisement, perdu dans la nuit des profondeurs aquatiques, et Champaubert, réduit à l’état de champ de ruines englouties.


C’est en 1974 que ces trois localités, ou plutôt ce qui en restait après le passage des bulldozers, furent submergées par les eaux de la Marne. Ainsi naquit le  réservoir  du Der,  le plus grand lac artificiel d’Europe jusqu’à ce qu’il soit détrôné par le lac d’Alqueva au Portugal.


Un drame humain destiné à en éviter un autre : les crues catastrophiques de la Seine à Paris ; les habitants de la capitale gardaient le souvenir funeste des inondations dévastatrices de 1910 et 1924. Le sort de quelques Champenois pesait bien  peu face aux intérêts de la ville lumière,  réjouie de voir le Champagne couler à flots, mais marrie de se voir envahie par les flots  de la Marne et de la Seine réunies. Fluctuat nec mergitur, d’accord, mais faut pas exagérer…


Le lac du Der s’étend sur 4800 hectares, soit 48 km2 (l’équivalent d’un carré de 7 km de côté) ; sa contenance est de 350 millions de m3, ou encore 350 milliards de litres. La production de Champagne, quant à elle, a totalisé 225 millions de litres  en 2012, ce qui représente moins d’un millième de la capacité du Der ; pas de quoi saouler une grue au cas fort improbable où le divin breuvage se répandrait dans le lac.

Nous connaissons, nous autres en Bourgogne, le lac de Pannecière, créé en 1949 afin de calmer les rugissements de l’Yonne. Il consiste en un barrage établi sur le cours même de la rivière, qui traverse le lac du nord au sud. C’est ici le brave vieux granite du Morvan qui assure l’étanchéité. Les dimensions du lac font pâle figure devant le Der : 520 ha ;  5,2 petits km2 seulement.

La retenue du Der est conçue selon un autre principe : elle a été créée à l’écart du lit de la rivière, dans le bocage champenois, vaste cuvette étanche grâce à l’argile de Gault (sans Millau, n’en déplaise aux gastronomes). L’eau y est conduite depuis la Marne par un canal d  ’ « amenée », de décembre à juin, afin d’éviter les crues d’hiver et de printemps. Elle est ensuite rendue à la rivière de juillet à novembre par l’intermédiaire du canal de « restitution », pour venir en aide aux rivières qui sont à leur niveau d’étiage. Et ça marche ! Un beau succès du génie gaulois.


Le GR passe sur la digue


Cet ouvrage aura aussi permis l’existence d’une importante réserve ornithologique, que quelques Amuriens décidèrent de  visiter en cette humide mi-octobre.


Le retour au gîte réserve une surprise aux occupants du four à pain : pas d’eau chaude suite à une panne de chauffe-eau. La bouilloire électrique n’est-elle pas à sa manière un chauffe-eau, suffisante pour une toilette comme dans le bon vieux temps ?


On nous a recommandé un petit restaurant, l’auberge du Pot Moret à Châtillon sur Broué .  Nous ne sommes pas déçus à tel point que nous retenons pour le lendemain soir. Il faut ajouter que la serveuse est sympathique réagissant avec complaisance aux facéties de Bernard et Robert. Même le vin de Haute Marne est buvable. 


 
Mercredi matin, temps correct. Nous pourrons faire le circuit de 8 km prévu… à condition que le petit déjeuner qui nous attend ne s’éternise pas. C’est copieux et bon, en particulier les yaourts maison.


 
Nous voyons enfin des vols conséquents de grues. Le sentier est bien balisé mais les postes d’observation ne sont pas signalés si bien que nous en manquons deux. Voilà un champ de maïs fraîchement moissonné. Des restes de panouilles feraient le bonheur de nos migrateurs s’ils n’étaient pas effrayés par le remue-ménage d’agriculteurs occupés à déplacer des bovins.



 
Le tracteur nous double mais l’agricultrice qui suit dans un utilitaire s’arrête à notre hauteur. Elle continue de travailler en dépit de ses 79 ans. Nous comprenons sa démarche, toute commerciale. Elle gère également un gîte, pas cher, juge-t-elle utile de préciser. Nous apprenons l’évolution de sa profession, d’abord les vaches laitières, puis la culture de la betterave et maintenant l’élevage des charolaises. Les grues, « elle est née avec ». Même si elles font des dégâts, elles sont tolérées car elles servent d’appâts pour les touristes, en tout bien tout honneur.


 
La balade se poursuit. Nous avons opté pour les bottes utiles pour certains passages.


 
Le terrain est plat dans ce territoire parsemé d’étangs.

 


 

 Nous nous éternisons dans un poste d’observation. Même aux jumelles, il n’est pas toujours facile de reconnaître les oiseaux.


 
 Ils se tiennent en général à une distance respectable et nous manquons de connaissances. Nous attendons jeudi avec impatience pour profiter du savoir de notre guide ornithologue.


De retour au gîte, nous pique-niquons à nouveau au salon. Le petit parc doit être bien agréable en été mais trop humide aujourd’hui. Nous nous partageons les restes, chacun ayant jugé utile d’apporter cake, gâteau, fromage, pommes, œufs, tomates en plus de sa dînette de mardi midi.

Nous nous sommes promis de découvrir les églises à pans de bois qui font leur originalité. Elles datent pour la plupart du XVIème siècle et nécessitent un entretien au coût non négligeable pour le budget des communes

C’est d’abord celle de Châtillon sur Broué avec son grand porche entièrement fermé surmonté du clocher.



Châtillon by night
 

Un saut de puce nous amène à Outines où l’église s’impose par ses dimensions et sa masse impressionnante. Nous extirpons de nos portemonnaies 2 euros en petites pièces pour nous offrir une instructive visite audio-guidée avec éclairage. Un bel ensemble de maisons à pans de bois remarquablement restaurées entoure le bâtiment.
 




 




 

 
A  Drosnay, la large toiture à deux versants et la façade habillée de tavillons retiennent notre attention de même que les boiseries intérieures datant du XVIIIème siècle. Dommage que le splendide vitrail  du XVIème siècle soit en partie masqué par un autel surmonté d’un retable.


Nous voici à présent à Bailly le Franc. Nous n’empruntons pas l’échelle extérieure qui permettrait d’accéder aux combles  mais nous franchissons l’entrée protégée par un auvent qui couvre toute la façade. L’intérieur révèle le contraste entre les murs blancs qui donnent de la clarté et le plafond entièrement en bois. Un des vitraux représente une belle piéta du XVIème siècle.
 
 
Nous terminerons ce pèlerinage par l’église de Lentilles car nous craignons une indigestion culturelle. Ici, pas de transept. La couverture des bas-côtés est reliée à celle du porche décoré dans l’axe de l’entrée par une statue de St Jacques en pierre. Si la fausse voûte en plâtre datant du XIXème siècle n’avait pas été démontée en 1970, nous n’aurions jamais pu admirer le plafond en bois à motifs de losanges.
 
 
 
 
Ras le bol des nourritures spirituelles ; il faut penser à celle de nos estomacs. Bernard et Robert en parlaient depuis le départ. Qui dit Champagne dit boisson des grandes occasions. Ils nous gratifient d’un apéritif somptueux au grand désarroi de Daniel privé d’alcool par des mises en garde lues sur un remède. Brigitte dissipe ses inquiétudes avec des arguments convaincants : « Le sel, voilà l’ennemi mais une larme de ce nectar ne peut pas faire de mal. »   
 Le chef étant en congé, le menu s’en ressent mais nous n’allons pas jouer les clubs du troisième âge. Les repas peuvent passer au second plan.
 
Jeudi, 6h30, le réveil sonne. Marie (en réalité Sylvie) est absente mais elle nous a préparé un petit déjeuner de marcheur au long cours. Elle nous a laissé un petit mot d’excuse concernant l’aspect puzzle à reconstituer de son cake. Il se révélera un excellent reconstituant.
Nous allons faire connaissance avec Antoine notre guide ornithologue qui nous a donné rendez-vous à 9h30 au bord du lac de Der. Nous en avons entendu dire le plus grand bien.
 Il ne s'agit pas de le faire attendre. Nous y voilà, chaussés de bottes (une pensée pour Edith qui aura mal aux pieds toute la matinée), tous quinquets ouverts, prêts à être émerveillés... et nous le serons. Antoine nous met d’amblée à l’aise, s’enquérant de nos prénoms.
Il nous conduit sous un abri garni de posters d’oiseaux pour nous donner quelques informations d’ordre général
Les étangs de la Champagne humide ont, depuis toujours été un lieu d'accueil des espèces migratrices venant de la zone sub-boréale mais la chasse  et l'assèchement des marais leur étaient défavorables.
 
 
Depuis quelques années, les conditions écologiques sont devenues plus favorables : la création du lac du Der avec ses importantes vasières en hiver, la culture du maïs qui laisse sur le sol de nombreux grains ont permis, par exemple, à la population des grues cendrées de passer de 50 000 individus en 1997 à 350 000 aujourd'hui.
Nous ne verrons pas ces oiseaux emblématiques de la région : ils quittent leur dortoir au lever du soleil, et y reviennent vers 16h30, quand la lumière baisse ; pour nous il est donc trop tôt ou trop tard. Heureusement, nous avons pu les observer et les entendre,  la veille, en vol, formant de superbes V dignes de la Patrouille de France.
En route pour le premier observatoire au bord du lac, munis de nos jumelles et surtout de la lunette d 'Antoine. Nous y verrons   des oies cendrées, une colonie de vanneaux huppés, des sternes, des courlis  cendrés, de grandes aigrettes, des sarcelles d' hiver à la tête si colorée et dont la zone de nidification ( Pologne, Belgique) remonte vers le Nord, argument en faveur du réchauffement climatique.(une élévation de température de 1° entraîne un déplacement de la nidification de 160 km vers le Nord).

 
Alerte : Antoine fixe avec ses jumelles un vol d'oiseaux, réquisitionne la lunette, nous sommes tous en attente ; mais oui, c'est bien cela : les premiers cygnes de Bewik  viennent d'arriver ; ils sont 5, en provenance directe du cercle arctique. Ils hiverneront sur le lac.
Nous nous dirigeons ensuite vers un deuxième « spot », l'étang des Landres. Les étangs qui parsèment la région ont été créés au moyen âge par les moines cisterciens, et rachetés en 1970 par le Conservatoire du littoral.
L'avifaune y sera riche : Grand cormoran, grèbes huppés, grèbes castagneux (de la couleur de nos châtaignes) goéland  leucophée. Un éclair bleu traverse plusieurs fois le plan d'eau : c'est un Martin pécheur, magnifique petit oiseau aux couleurs métalliques mais qui ne voudra jamais se poser pour que nous puissions l'observer, au grand désespoir de Marie-Claire.
 
Une pause thé, café et madeleines permettra à notre guide de poser la question piège : « il existe en Champagne une espèce de Mouette endémique, laquelle ?? » Réponse à la fin de l’article.
Nous quittons Antoine avec regret et la promesse de revenir observer d'autres oiseaux au printemps, il y en a plus de 270 !!! A notre tour, nous dirons le plus grand bien d’Antoine qui a su allier compétences et qualités pédagogiques (n’oublions pas que nous étions 7 ex enseignants sur 8, pauvre Bernard !) sans oublier un grand sens du contact et de l’écoute avec ce qu’il faut d’humour.
 
Faites-vous plaisir ; consultez le site de notre guide !
Allez dans la rubrique NOS AMIS à la ligne  Antoine Cubaixo, ornithologue


Nous disons au revoir à Sylvie en la remerciant pour son accueil chaleureux et l’environnement agréable des pièces. L’absence de douche chaude  pour trois d’entre nous amène une belle ristourne sur la facture que nous partageons volontiers avec le reste du groupe.


 
 Nous voici sur le chemin du retour. Un arrêt sur un petit square de Montier en Der permet de terminer les restes des restes.
 
Nous avons programmé un arrêt à Langres, ville de garnison et lieu de naissance en 1713 de Denis Diderot, cité froide et fortifiée juchée sur un plateau.

 


 
Nous revenons aux voitures à l’égrenée. Nous voici tous réunis. Nous nous disons au revoir, chaque conducteur roulant sans se soucier de l’autre.
Comme le suggérait Brigitte, pourquoi pas une nouvelle escapade au printemps pour rencontrer d’autres oiseaux ?


 
A propos, la mouette endémique de Champagne c’est la…

Devinez qui  a trouvé la réponse.


Les photos ont été prises par Catherine, Marie-Thérèse, Daniel, Robert.
Les textes ont été écrits par Brigitte, Catherine, Daniel et Robert
 



Marche douce à Marmagne


Marie-Claire nous a donné rendez-vous au bourg de Marmagne pour une promenade inhabituelle, tout au moins pour sa deuxième moitié.

Une partie plate nous conduit au hameau de Saint Sulpice.
 
 
 Nous apprécions la passerelle qui enjambe le ruisseau des Bruères mais la première halte conséquente est consacrée au hameau de St Sulpice.





Celui-ci était jadis un véritable village. Des vestiges de la civilisation gallo-romaine se retrouvent dans ce vallon. Au bord du ruisseau s’élève un tertre circulaire en tronc de cône dont la base mesure environ 100 mètres de pourtour et s’élève à 6 à 8 mètres par rapport aux terrains voisins. La partie supérieure présente un plateau ovale, la base était entourée d’un fossé alimenté par le ruisseau et maintenant à peu près comblé. Il s’agissait d’une tour de défense destinée à protéger les habitations voisines et bâtie au point le plus bas d’un chemin que l’on suit entre Velay, Chapey, La Croix Blanchot, Les Descloix, Sait Sulpice, les Milliens et qui rejoignait sans doute les hauteurs de Visigneux et le plateau de la Croix Brenot. C’est à proximité de ce hameau que l’on situe la première église de Marmagne. Non loin de la Tour, au milieu d’épais taillis se trouvent des ruines de murailles à flanc de terre, entourées d’un large fossé. Le site se nomme « Château de Peaudoye ». Là se dressait autrefois un château féodal. Il semble même que ce hameau ait été en fait  l’agglomération la plus importante de la commune actuelle de Marmagne puisque la primitive église s’en trouvait proche, et qu’il continuait un habitat gallo-romain important.   

La chapelle de St Sulpice qui est mentionnée dès 1314 était autrefois plus considérable qu’il n’y paraît aujourd’hui. On y disait régulièrement la messe et le cimetière du hameau était tout à côté.  Seul, le petit oratoire qui subsiste encore fut restauré vers 1870.

 Nous accédons ensuite à Montvelle, aux Milliens et aux Jean-la Foi.
 
Bourg de St Symphorien
 
Le bocage
 
Bourg de Marmagne

Les Jean la Foi peuvent tirer leur origine du nom d’un personnage dont le surnom évoquait sa force. Ce serai en quelque sorte Jean le Hêtre (foy ou fay de fagus hêtre appelé encore le fou ou le foyard).




Nous redescendons au bourg. Marie-Claire nous fait découvrir des rues que nous n’avons pas l’habitude de fréquenter.

Calvaire aux Jean la Foy

La cabane au fond du jardin
 Noël a veillé à ce que cette randonnée demeure une marche douce. De la cupule d’un gland, il sait tirer un son aigu qui rappelle à l’ordre les contrevenants. C’est donc en pleine forme et bien groupés que les quatorze participants retrouvent les voitures à une heure convenable malgré le long rappel des activités que Daniel a cru bon de faire au moment du départ même s’il ne se faisait pas trop d’illusions sur l’efficacité de ses propos ; c’est pourquoi il avait jugé utile de rajouter « Mais toutes ces informations sont consultables dans les courriels que je ne manque pas de vous adresser et que je vous invite à regarder de près » .

Document consulté : notes sur l’histoire de Marmagne d’après Roland NIAUX.

Visite guidée d'Autun


Doit-on en vouloir à nos aïeux d’avoir utilisé les vestiges des prestigieux monuments gallo-romains pour leurs propres constructions ? N’était-ce pas en quelque sorte une forme de recyclage et une appropriation bien avant notre siècle des circuits courts  fréquemment évoqués en France lors du Grenelle de l’environnement ?
Doit-on en vouloir à nos maîtres de nous avoir, en nos vertes années, enseigné leurs certitudes ? A l’époque, aucun cancre n’aurait osé interrompre l’un d’eux en clamant « Tais-toi et creuse ». Nous le savons maintenant ; la réponse à nos interrogations est souvent cachée dans les strates inférieures du sous-sol autunois.
Tout au long de la journée, Rob nous aura transmis les certitudes qui font autorité en 2013.
Jacques en a recueilli une bonne part et son mérite est grand, les conditions atmosphériques, le tempo impétueux de notre guide et la relecture de notes prises à la hâte représentant autant d’obstacles à la réécriture des moments forts de cette journée.
 Le temple de Janus n’aurait pas été consacré à Janus, le nom du site, le Gènetois ayant au 16ème  siècle induit en erreur un lettré de l’époque, l’étymologie signifiant lieu planté en genêts.  Il s’agit d’un Fanum, temple gaulois dédié peut-être à Epona (déesse des chevaux) à moins que ce ne soit à Sucellus (dieu multicarte honoré par les bûcherons, les brasseurs, les tonneliers, les carriers, les constructeurs de radeaux, dieu qui tue et qui ressuscite avec son maillet qu’il tient dans la main gauche, protecteur des récoltes et des troupeaux,  "dispensateur d'aliments". Il est le détenteur de la prospérité, symbolisée par cet autre attribut qu’est le chaudron, dans sa main droite. C’est un dieu de la nature nourricière, des forêts et des plantations « d’après wikipédia »).
Le monument nous est parvenu en un bon état de conservation grâce à la qualité du mortier romain qui se révèle aussi dur que la pierre.
 
Des photos aériennes effectuées lors de grandes périodes de sécheresse ont révélé les traces d’un théâtre, de temples, de nombreux bâtiments d’une ville gauloise antérieure et de fossés défensifs du Moyen-âge.
Augustodunum, situé au pied de collines, bordé d’une rivière et protégé par des marécages est un cadeau fait par Auguste aux Eduens et ne possédait pas d’implantation antérieure.
La porte d’Arroux, au nord de la ville devait révéler, vue de l’extérieur, la richesse de la ville, ce qui explique l’utilisation de blocs de pierre venant de la côte chalonnaise. Le côté intérieur est nettement moins soigné.
Des rainures verticales rappellent la présence d’une herse destinée à fermer l’accès de la ville, en particulier la nuit. D’autres rainures, obliques, sont dues à la construction au Moyen-âge d’une chapelle.

 

Augustodunum avait son port. Les champs extra-muros ont révélé des milliers d’urnes et de stèles funéraires.
Pistillus est un potier gallo-romain qui vécut et exerça à Augustodunum (Autun), à la fin du IIe siècle et au début du IIIe siècle apr. J.-C. Il est connu des archéologues par l'abondante production de figurines de terre cuite représentant des déesses, des animaux ou des scènes érotiques. Il fait partie de ces potiers dont le nom, gravé sur les moules, a traversé les siècles jusqu'à l'époque contemporaine.
De la porte Saint André, à l’est de la ville, reste une tour transformée actuellement en temple. La construction est soignée, en « petit appareil » constitué de petites pierres du plateau d’Antully taillées (on peut imaginer les heures passées !). La partie gauche a été restaurée par Viollet le Duc.


Le théâtre était le plus grand du monde romain, 148 m de diamètre. C’était avant tout une œuvre de prestige avec ses 20000 places (à titre de comparaison, Orange n’en a que 5000)
Ce théâtre avait trois étages de gradins : un étage Inférieur : taillé dans le terrain desservi par des escaliers (vomitorium). Un étage médian construit sur des voûtes de soutènement comblées (et non des caves ou cages à fauves). On trouve les traces du promenoir, départ d’escaliers montants et descendants agrémenté également de boutiques. La finition était soignée avec des joints tirés. L’étage supérieur a entièrement disparu. Il s’élevait jusqu’au niveau de la cime des grands arbres actuels.

 
Le mur de scène s’élevait à la même hauteur. Des câbles reliés aux gradins supérieurs permettaient à des marins de tendre des voiles en cas de soleil ou de pluie.
L’acoustique était remarquable et, aujourd’hui encore on peut depuis un point précis (à 1 mètre près) situé au centre, au pied de la scène, constater que la voix porte dans tout l’édifice par un phénomène de réverbération.
Dans la façade de la maison du garde on remarque quelques éléments trouvés sur place et deux gisants (debout !) du prieuré de Mesvres.
Il existait également un amphithéâtre, voisin du théâtre destiné aux jeux populaires (gladiateurs, fauves, naumachies avec ou sans crocodiles…) entièrement détruit au 16ème pour construire le séminaire, actuelle école militaire.
La ville romaine est entourée de 6 km de remparts avec 4 portes correspondant aux voies de desserte. Nord – sud pour le Cardo maximus et est - ouest pour le Decumanum maximus.
52 tours correspondaient aux rues tracées à angle droit.
La porte sud située au niveau de la rue Joliet a disparu. En face, a été découvert un ancien champ d’urnes.
     
La Pierre de Couhard est un cénotaphe (monument à la mémoire de.) et non un tombeau. C’est un cube plein de 33 m de côté terminé en pyramide. Les curieux espérant y découvrir un trésor lors de fouilles du 17ème au 19ème  siècle en ont été pour leurs frais.

 

Sur la Place de Charmasse, le mur dit « Temple d’Apollon » est en fait un nymphée (fontaine). Le temple était au niveau de l’hôpital.
 
Un court trajet en bus sur la D 120 jusqu’au carrefour des routes de Fragny et Montjeu permet de découvrir la partie visible d’un des deux grands aqueducs de 6,2  km fournissant à l’époque Augustodunum en eau. Pour pallier l’inconvénient d’un dénivelé de 120 m et casser la pression, les techniciens ont prévu 14 puits d’environ trois mètres chacun alternant avec des parties en pente faible. On peut trouver un morceau de regard au musée lapidaire.

 
Rob nous signale une ancienne prise d’eau située à proximité de l’entrée du chemin de Brisecou permettant d’alimenter un moulin d’émoulage. Des jardins en terrasses en contrebas d’un bâtiment (1820) appartenant à la famille De Charmasse ont disparu, gagnés par la forêt. Ils étaient alimentés par une prise d’eau repérable grâce à une marque orange sur un arbre. La cascade qui permet au trop plein de regagner le lit du ruisseau est donc artificielle. Déception pour le groupe et désappointement du guide : elle est à sec, un obstacle quelconque ayant détourné le flot en amont. Le pique-nique est vite expédié et nous traversons sur une passerelle métallique le ruisseau.
 
Celui-ci était exploité au maximum. L’eau était à nouveau en partie déviée pour, à partir du hameau de Couhard, alimenter une série de moulins dont l’un fonctionne encore pour fournir de l’électricité.
Nous suivons le chemin de la Mine peut-être dénommé ainsi à cause de l’exploitation de l’étain sur le coteau proche. Au passage Rob nous signale un calvaire élevé en mémoire du martyre de Saint Léger. C’est là qu’il eut les yeux crevés, prélude à une série de méchancetés raffinées. (voir son histoire en cherchant sur internet).
Le moulin de la Belle Simone en fait fantasmer quelques-uns. Nos pas nous conduiront tour à tour vers le moulin Gamet, le moulin du Breuil, mais nous n’irons pas jusqu’au moulin du Vallon en service jusqu’à la mise en eau de l’étang du même nom.
 
C’est au quartier Saint-Blaise que l’aqueduc de Montjeu était rejoint par celui de Montdru. A partir de là, l’eau était répartie dans des fontaines publiques et chez quelques notables favorisés. Une conduite qui passait sous la cathédrale est encore visible dans la cave du bistrot le Lutrin.
 
Nous continuons par la visite du musée Rolin. Installé dans la maison natale (XVe siècle) du chancelier du duc de Bourgogne, Nicolas Rolin, le musée renferme des collections articulées en quatre départements. Nous en visitons deux :  le département ‘archéologie romaine’ présentant l'aspect et les activités de la cité antique ;
le département ‘histoire de l’art médiéval’ présentant entre autre des pièces telles que la "Tentation d'Eve" de Gilbertus, Gislebert. Aucune nouvelle d’Adam. Il dormirait dans le mur d’une pharmacie du centre ville. Attendons qu’elle tombe en ruines pour vérifier.
 
Nous apprécions les mosaïques. Les schistes bitumineux exploités jusque dans les années 50 dont deux terrils coniques rappellent l’existence permettaient de créer les tesselles noires qui s’exportaient.
Les dieux Lare hantent toujours les foyers des retraités, ce qui explique leurs recherches perpétuelles d’objets courants (lunettes, clefs, stylos…) qui ne sont jamais là où on croit les avoir laissés.


 La cathédrale Saint Lazare, orientée Nord-Sud, est l’aboutissement de divers édifices religieux dont le premier fut la cathédrale St Nazaire. Lieu de pèlerinage, elle put concurrencer Vézelay grâce aux reliques de Saint Lazare, pas le ressuscité mais l’autre, évêque moins prestigieux mais qui permettait d’entretenir la confusion.
Je vous renvoie à Wikipédia qui se montre très prolixe au chapitre « Cathédrale d’Autun ».

 
L’infatigable Rob, toujours passionné et passionnant va de chapiteau en chapiteau pour, point d’orgue de la visite nous conduire au Tympan, œuvre maîtresse de Gislebert. Denis Grivot, chanoine de son état, rachète aux yeux de Rob tous ses prédécesseurs parfois peu recommandables par la redécouverte et la remise en place de la tête du Christ soustraite au Musée Rolin de manière rocambolesque.
 
 
 
 
 

Nous commençons à traîner sérieusement les pieds mais il serait inconvenant de ne pas terminer la journée par un dernier parcours dans les vieilles rues autour de la cathédrale.
Le musée Vergé Tarin est une curieuse maison (7 rue des Sous Chantres) dont les derniers habitants (2 frères célibataires) ont vécu sans y changer quoi que ce soit. L’intérieur est figé fin 18ème. Le musée est actuellement fermé car en mauvais état. Les Sous Chantres étaient de jeunes chanteurs qui étaient logés ici au 17ème.
 
 Plus loin, une statue en bronze de St Michel terrassant le dragon sur une cheminée est un don de fidèles à l’évêque réfugié ici après avoir été chassé de l’évêché par un maire anticlérical de la fin du 19ème.
 
La partie de la ville haute était occupée par les chanoines enrichis, petit état dans la ville. On remarque une impasse le Cul de sac de l’évêché et la maison du Doyen, Place Ste Barbe avec ses fenêtres à meneau et à accolades.
 
Nous descendons la Rue des Bancs occupée par des bouchers car elle était proche de l’abattoir.
En bas de la rue, on devine grâce à des feuillures et les encoches des barres de fermeture l’emplacement des portes de la ville haute sur un seul côté suite à l’élargissement de la rue..
A la fin de la rue se remarque la trace d’un pivot du pont levis qui surplombait un fossé (rue Cocand)
Nous jetons un ultime coup d’œil aux remparts les mieux conservés, à l’origine 2 fois plus hauts mais rabaissés par les propriétaires des hôtels particuliers qui souhaitaient profiter de la vue sur le Morvan.
 
Nous voici à nouveau sur le Champ de Mars, point de départ matinal. Nous ne savons comment exprimer notre reconnaissance à notre guide sinon en prenant rendez-vous pour l’an prochain. Nous réfléchissons à une nouvelle formule destinée à remplacer le thème qui nous aura tenus en haleine pendant dix ans autour des grands sites bourguignons.  
 
Prise de notes, Jacques. Photos, Louise et Daniel. Rédaction du compte-rendu, Daniel.