Nous nous comptons ; nous sommes 7. Muriel avait annoncé sa participation, or elle n’est pas parmi nous. Nous la joignons au téléphone. Désorientée, elle erre sur les hauteurs du Creusot. Nous lui donnons quelques indications. Rassurée, elle nous annonce son arrivée dans 5 mn. 7 mn plus tard, une flèche rouge grille l’entrée du lieu de rendez-vous. Nous avons juste le temps de supposer que le bolide émergeant du brouillard pour y replonger illico ne pouvait être que le sien. Le revoici, roulant au pas et stoppant à notre hauteur. Nous sommes au complet, la balade peut débuter.
Pas de vue plongeante sur Le Creusot et ses environs. Qu’à cela ne tienne, Catherine L. nous dévoile un cliché extraordinaire du Mont Blanc pris la veille en plein après-midi depuis sa demeure et immortalisé sur son smartphone.
Fantômes vêtus d’un suaire diaphane des arbres exhibent sans la moindre pudeur leur nudité. Seuls, les chênes arborent leur costume automnal brun-rougeâtre.
Les sangliers, en quête de nourriture se chargent de labourer le sol à grosses mottes. Les âmes sensibles du groupe plaignent les troupeaux encore soumis à la fraicheur et à l’humidité. Nous ne voyons pas d’autres traces de vie à part quelques agriculteurs apportant du foin à leurs bêtes ou transportant du bois ainsi que 3 ou 4 vététistes et un marcheur.
Les installations destinées aux loisirs ou au sport sont désertes. Halloween aura été la dernière animation avant les trains de Noël.
Je repense à mes années d’après-guerre. J’ai 6 ou 7 ans. Mon grand-père habite dans une maison dominant « l’usine ». Je retiens des sons, des bruits discordants, continus, martèlements, grincements, chocs, halètement du petit train qui va se délester des résidus sur le crassier, ancêtre de la zone touristique. La sirène sert de signal pour que l’usine avale les ouvriers ou les vomisse selon les heures. L’usine, toujours elle, crache des fumées de différentes couleurs aux odeurs âpres. Cette image d’une ville laide est restée fortement et longtemps ancrée dans les esprits des gens extérieurs malgré les efforts incessants faits depuis pour la transformer en cité accueillante.